Contact

Implémentation des IA dans les entreprises

L’importance d’impliquer les acteurs de la santé au travail

 

L’IA : une révolution technologique aux racines anciennes

Fin 2022, le lancement de ChatGPT a permis au grand public de découvrir les possibilités offertes par l’Intelligence Artificielle Générative. Grâce à celle-ci, tout un chacun peut écrire, créer des images ou même de la musique, sur un mode conversationnel, c’est-à-dire simplement en lui posant une question et en interagissant avec elle. En quelques années, l’IAG s’est imposée dans nos vies jusqu’à devenir incontournable pour beaucoup d’entre nous, comme les smartphones quelques années plus tôt ou internet dans les années 2000.

 

En réalité, l’intelligence artificielle faisait partie de nos univers depuis longtemps déjà, comme avec les IA symboliques qui suivent des règles (un thermostat par exemple) ou le machine learning (filtre anti-spam, recommandations de contenu basé sur nos goûts, etc…). Plus précisément, l’intelligence artificielle s’est développée à partir des années 50, concomitamment avec la psychologie cognitive, car ces deux disciplines partagent l’objectif de comprendre l’intelligence humaine. Elles se nourrissent mutuellement, car le développement de l’IA permet de « tester » les théories de la psychologie cognitive et en retour, la psychologie éclaire les limites de l’IA en démontrant l’extraordinaire complexité de l’intelligence humaine. 

 

Un paradoxe entre adoption massive et rentabilité limitée

 

Tantôt décriée, perçue comme une pourvoyeuse de chômage destructrice de l’environnement, tantôt portée aux nues pour ses promesses de rapidité, d’efficacité et de réduction de tâches répétitives, l’IA s’impose à vitesse grand V dans nos entreprises, en restructurant profondément le monde du travail. Selon une étude réalisée en mai 2025 et rapportée par les Echos, 44% des entreprises auraient déjà lancé un projet concret d’intégration de l’IA dans leurs process et 91% d’entre elles considèrent l’IA comme un sujet important ou incontournable.

 

Pourtant une étude menée par le MIT en août 2025 a de quoi refroidir les plus enthousiastes. Seuls 5% des projets génèrent un retour financier rentable. En cause ? Le manque de vision stratégique, les coûts sous-estimés, la pénurie de talents spécialisés et l’incontournable « résistance au changement »….

 

Le risque de la « Shadow IA » et l’injustice organisationnelle

 

En effet, si l’IAG est nouvelle par son impact sur les métiers intellectuels et créatifs jusqu’alors préservés, les effets sur les individus et les collectifs sont eux bien connus des psychologues du travail et plus largement de tous ceux qui s’intéressent à la santé au travail, car ils se sont déjà produits dans de nombreux contextes différents.

 

Tout d’abord, l’IAG purement et simplement « interdite », alors qu’elle est déjà sur nos téléphones. Ce bannissement entraîne un risque d’utilisation masquée (dite « shadow IA), face à une charge de travail intense et/ou des délais ultra-courts. Il peut en résulter de l’injustice organisationnelle dévastatrice pour la solidarité des collectifs : celui qui utilise la « shadow IA » (au risque de réponses fausses ou de fuite de données stratégiques pour l’entreprise) est valorisé pour son efficacité tandis que celui qui a respecté les règles se retrouve pénalisé et soumis à une pression supplémentaire.
 

Dette cognitive et perte de sens : les impacts psychologiques

 

Lorsque l’entreprise décide d’introduire l’IAG dans ses process, les projets mal préparés ont donc des impacts qui peuvent détériorer plutôt qu’améliorer la productivité et la qualité, de par leurs impacts sur la santé psychologique. On peut citer par exemple :

  • La perte de compétence des individus, face à un outil qui va toujours plus vite et par lequel certains peuvent se sentir dépassés, mais aussi en raison de la dette cognitive. En effet, lorsqu’un outil vient remplacer une compétence cognitive, celle-ci tend à se perdre. Ce phénomène n’est pas strictement lié à l’IA, il existe à chaque innovation qui nous facilite l’existence. Par exemple, ma mère a été capable de compter « de tête » jusqu’à plus de 80 ans, elle arrivait toujours au résultat juste plusieurs secondes avant moi, tout en effectuant sans écrire des opérations pour lesquelles j’ai besoin d’une machine à calculer (que j’ai commencé à utiliser en 6ème, alors qu’elle n’avait eu accès à cet instrument extraordinaire qu’à l’âge adulte…)
  • La perte de sens, liée à la déconnexion avec le processus réalisé. Lorsque l’individu ne comprend pas ou plus le résultat ce qu’il fait, il perd également la sensation du travail bien fait et avec elle la capacité à pouvoir être fier de son travail.
  • La réduction voire la perte d’autonomie en lien avec les IA qui planifient les tâches et organisent le travail. Depuis les travaux du sociologue R. Karasek dans les années 70, il est reconnu que le manque de latitude décisionnelle associée à une forte demande psychologique (comme une forte charge de travail), aussi appelé « job strain » a des conséquences délétères sur la santé avec l’apparition de troubles musculo-squelettiques et de pathologies psychiques chez les personnes concernées.
  • La perte des interactions sociales, car si l’IA permet d’un côté d’optimiser les échanges sur certains projets complexes, elle devient également un interlocuteur à part entière, sans jugement et toujours prêt à répondre, donc beaucoup plus facile à solliciter que le collègue (qui peut-être trop occupé ou de mauvaise humeur).

Tous ces éléments sont destructeurs des collectifs de travail qui selon Yves Clot,  professeur émérite de psychologie du travail au Cnam, se construisent sur les échanges, les désaccords, autrement dit la dispute professionnelle sur les conditions de réalisation du travail réel. Chacun se retrouve alors seul face à ses doutes, ses peurs et ses difficultés sans pouvoir compter sur le collectif pour le soutenir ou l’aider à les résoudre.

 

 

Il importe donc aussi bien pour la rentabilité de l’entreprise que pour la santé de ses salariés, d’accompagner les projets d’implémentation de l’intelligence artificielle en donnant la parole à celles et ceux qui réalisent le travail et en impliquant les collectifs afin de créer les conditions d’une organisation du travail « capacitante », où l’intégration de l’IA augmente les aptitudes et les compétences humaines et permet d’améliorer le service rendu, plutôt qu’une organisation du travail « aliénante », caractérisée par une perte de contrôle du travailleur sur son activité.

 

 

Merci à Jean-Alain GOURRET de l’ANACT Bretagne pour le partage de sa présentation « Usages des IAG& enjeux liés au travail » qui a inspiré cet article.

Références :

https://solutions.lesechos.fr/tech/innovation/ou-en-est-l-adoption-de-l-ia-dans-les-entreprises-en-2025/

https://www.ia-info.fr/etude-du-mit-seulement-5-pourcent-des-projets-ia-generent-un-vrai-retour-financier.html

Publié le 13/07/2026 dans les catégories : Actualités 

L'Institut Boussingault au congrès OneH 2026

 

Du 3 au 5 juin 2026, le Centre des Congrès de Saint-Quay-Portrieux a accueilli la deuxième édition du congrès international OneH.


Réunissant près de 120 scientifiques et professionnels venus de toute l'Europe et au-delà, l'événement était organisé par INNOZH, l'Anses et Labocéa, trois acteurs ancrés au Zoopole de Ploufragan. L'Institut Boussingault du Cnam y était présent en tant que partenaire, aux côtés de la communauté scientifique mobilisée sur la santé unique.


Une présence naturelle, au croisement du vivant et des transitions


La participation de l'Institut Boussingault à OneH 2026 ne doit rien au hasard. Créé à l'initiative de la chaire Agroalimentaire du Cnam et du Cnam Bretagne, l'institut forme les professionnels de demain à la croisée des sciences du vivant, de la donnée et des transitions écologiques, numériques et sociétales du secteur agri-agro.


Or l'approche One Health repose précisément sur cette capacité à décloisonner : penser ensemble la santé animale, la santé humaine et la santé de l'environnement pour mieux anticiper et combattre les maladies infectieuses. C'est exactement ce dialogue entre disciplines que l'institut cultive dans ses formations, du bac+1 au doctorat (Ingénieur, Master, Licences professionnelles), en combinant biologie, agronomie, procédés industriels et outils numériques.


Un institut porté par un consortium engagé pour le territoire


L'Institut Boussingault s'appuie sur la puissance du réseau national du Cnam, grand établissement public d'enseignement supérieur et de recherche fort de plus de 230 ans d'histoire. Sa création a été soutenue par l'État dans le cadre de l'AMI « Compétences et Métiers d'Avenir » du programme France 2030.

Il est animé par un consortium qui rassemble le Cnam Bretagne, l'Anses, le Campus des métiers et des qualifications de la filière alimentaire de Bretagne, le Forum des Savoirs – Cité des Métiers des Côtes-d'Armor et INNOZH. Ce dernier, comme l'Anses, compte également parmi les organisateurs du congrès OneH : une continuité qui illustre la cohérence de l'écosystème briochin autour de la santé, de la recherche et de la formation.


Accueillir des étudiants sur le territoire : un atout pour la recherche et l'emploi


L'Institut Boussingault s'inscrit dans le cadre d’un écosystème unique : laboratoires de recherche (dont l'Anses), établissement de formation supérieure avec le Cnam et son siège régional, structures d'innovation comme INNOZH, acteurs de l'orientation et tissu d'entreprises engagées dans les filières agri et agro.


Accueillir des étudiants et des alternants dans cet environnement, c'est leur offrir un accès direct à des laboratoires, à des experts et à des entreprises au moment même où la filière manque de talents capables d'allier sciences du vivant et sciences numériques.


Depuis 2019, l'institut a déjà formé plus de 1 650 apprentis à l'échelle nationale, dont 80 en région Bretagne depuis 2023, avec un taux de réussite supérieur à 85 % en 2024.


Un congrès comme OneH, qui place la baie de Saint-Brieuc et les Côtes-d'Armor sous le regard de la communauté scientifique internationale, renforce l'attractivité de ce territoire pour les jeunes chercheurs et futurs professionnels.


Un ancrage universitaire local et international


La présence de l'institut à OneH 2026 s'inscrit dans une dynamique universitaire large. En tant qu'institut du Cnam, Boussingault appartient à un réseau d'enseignement supérieur et de recherche présent sur tout le territoire français et à l'international. Le congrès lui-même a réuni des intervenants de premier plan issus de grandes institutions académiques : l'Université de Rennes, l'Université de médecine vétérinaire de Vienne ou encore l'Erasmus MC de Rotterdam, aux côtés d'organismes de référence comme l'EFSA, la WOAH, le CNRS et la FRB.


Cette diversité d'horizons rejoint la conviction qui anime l'Institut Boussingault : c'est en croisant les expertises, les disciplines et les territoires que se formeront les talents capables de relever les défis de santé unique de demain.


Deuxième édition du congrès international One Health, 3-5 juin 2026, Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d'Armor).
Evénement organisé par INNOZH, l'Anses et Labocéa.

Publié le 30/06/2026 dans les catégories : BOUSSINGAULT - Actualités BOUSSINGAULT - Recherche